Blog, Périnatalité | PostMeta Elsa DUPONT 21/10/2025

Consulter un psychologue pour bébé : pourquoi, quand et comment cela peut aider votre tout-petit

Un psychologue pour bébé ?

Les trois premières années : les fondations de la vie et du lien.

Beaucoup de parents s’interrogent sur le sens de consulter un psychologue pour leur bébé alors même qu'il ne parle parfois pas encore. Pourtant, les premières années de la vie sont une période décisive où se posent les fondations du développement global de l’enfant. Les trois premières années de la vie constituent en effet une période essentielle du développement cognitif, émotionnel, moteur et relationnel de l’enfant.

Durant cette phase, il construit ses premiers liens avec les adultes dont il dépend. L'enfant découvre qu’il peut agir sur son environnement : qu'un sourire viendra répondre à un sourire, qu'un pleur rappellera à lui la chaleur de l'adulte, qu'une souffrance pourra prendre sens à travers les mots qu'on posera dessus et qu'un gazouilli invitera son environnement à une conversation chaleureuse et mélodieuse.

Ce sont les premiers instants de la relation parent-enfant, les prémices de la communication et du langage, des périodes précieuses et sensibles où chacun, enfant comme adulte, grandit et s’enrichit à travers cet échange. Dans ce jeu réciproque et harmonieux, plus le bébé répond aux regards et aux sourires de l’adulte, plus ce dernier se sent alors confiant et inventif dans sa façon de répondre. Ses gestes, ses vocalises, ses regards deviennent plus chaleureux, plus riches et nourrissent à leur tour l’enfant qui intensifie lui aussi ses interactions, donnant naissance à une véritable boucle interactive où chacun se développe à travers l’autre.

Ces expériences répétées nourrissent le lien parent-enfant ainsi que le sentiment de sécurité et la confiance en lui et en l'autre qui accompagneront l'enfant tout au long de sa vie.

Une fois les bases de la relation à l’adulte établies, l’enfant découvre progressivement la relation à ses pairs. Il expérimente le vivre-ensemble, apprend les limites que cela implique pour progressivement intégrer les premières règles sociales et éducatives qui lui permettront de s'épanouir dans ses interactions avec les autres. C'est là toute la richesse des lieux d'accueil collectifs pour enfants où le bébé découvre (parfois à ses dépends !) les limites de chacun, l'altérité, le partage, le plaisir que peut procurer une relation de jeu mais aussi la frustration ou encore l'empathie.

Les trois premières années, c’est aussi une période où l’enfant découvre le monde à travers son corps et ses sens. Cette exploration commence dès la naissance par la découverte de son propre corps : il ressent ses membres, ses mouvements, ses appuis, apprend à coordonner ses gestes et à percevoir ses limites. L’adulte, par un "handling" attentif (par des gestes de soutien, de portage, de caresses, de manipulations) accompagne cette découverte du corps et des sensations qui l'accompagnent. À partir de cette base corporelle, l’enfant explore ensuite son environnement sous le regard de l'adulte qui assure sa sécurité et offre un soutien silencieux : il touche, saisit, manipule, teste les textures et les objets, expérimente, tombe, et découvre progressivement comment agir sur le monde. À travers les essais, les erreurs et les succès, il chemine vers l’autonomie.

Du côté émotionnel, l’enfant apprend à identifier et nommer ses sensations et ses émotions, d’abord par l’intermédiaire de l’adulte qui les accueille et les met en mots. Ces moments de reconnaissance émotionnelle permettent au bébé de comprendre qu’il est entendu et compris et servent de base à l’apprentissage du langage. Peu à peu, il pourra exprimer par lui-même ce qu’il ressent, ajuster ses comportements et commencer à réguler ses émotions de manière autonome.

Les trois premières années sont donc riches en apprentissages et en découvertes pour l'enfant. Elles construisent les bases de sa relation à lui-même, à son corps, à ses émotions, aux autres et au monde.

 

Les fragilités et les signaux d’alerte du développement précoce

Le développement du jeune enfant repose donc sur cet équilibre fragile entre ses capacités internes de croissance et la qualité du soutien affectif et environnemental qu’il reçoit.  

Cet environnement comprend bien sûr les parents mais aussi la fratrie, les grands-parents, les professionnels qui l’accompagnent au quotidien (à la crèche, chez l’assistante maternelle, à l’école) ainsi que le cadre social plus large dans lequel évolue la famille : la qualité du réseau de soutien, les conditions de travail et de vie des parents, les protections sociales disponibles, la durée du congé maternité ou parental, l’accessibilité des lieux de garde ou encore la possibilité d’un allaitement maternel soutenu et respecté.

Lorsqu’un événement ou un déséquilibre vient fragiliser cet environnement,  qu’il s’agisse d’une séparation, d’une maladie, d'une souffrance altérant la disponibilité d'un membre de l'environnement, d’un changement important, de tensions familiales, d’une arrivée de fratrie ou d’un contexte familial ou social plus éprouvant , l’enfant peut réagir par des arrêts de développement ou des régressions qui pourront néanmoins connaître des rattrapages rapides.

Ces mouvements sont parfois invisibles ou discrets mais ils peuvent aussi être spectaculaires ou déstabilisants pour l’enfant et sa famille. Ils s’expriment à travers le corps, le comportement ou les relations car le tout-petit n’a pas encore les mots pour dire ce qu’il ressent.

Les plaintes les plus fréquentes que je reçois concernent : 

- des troubles du sommeil (endormissement difficile, difficultés de séparation au moment du coucher, réveils nocturnes fréquents, cauchemars),

- des difficultés alimentaires (refus, sélectivité, perte d’appétit),

- Un retard de langage,

- des manifestations corporelles (somatisations, constipation, douleurs inexpliquées, tensions corporelles),

- des comportements d’agitation ou d’opposition (cris, colère, morsures, coups, agitation psychomotrice),

- un retrait relationnel ou une perte d’intérêt pour le jeu et l'exploration de son environnement,

- des angoisses de séparation,

- des réactions de jalousie ou de rivalité marquées envers un frère ou une sœur,

- ou encore des difficultés dans le lien avec l’adulte (recherche constante de contact ou, à l’inverse, évitement du regard ou du contact physique).

Ces manifestations, même lorsqu’elles paraissent anodines ou passagères, sont souvent porteuses de sens : elles traduisent une souffrance, un appel à la mobilisation de l'adulte ou une tentative de l’enfant pour s’adapter à une situation nouvelle ou insécurisante.

 

L'accompagnement psychologique du tout-petit et de sa famille

Le rôle du psychologue est d’écouter ce que l’enfant exprime et d’accompagner les parents à mieux comprendre ce qu’il vit. 

Il se place comme un observateur attentif et bienveillant aidant à mettre des mots sur ce qui ne fait pas encore sens, sur les émotions de l'enfant et de sa famille, afin de traverser au mieux ces périodes d’instabilité.

Pour le tout-petit, le psychologue offre un espace où ses émotions et réactions sont accueillies sans jugement. Il accompagne la famille à donner sens à ses expériences même lorsqu’elles sont douloureuses ou confuses et il soutient par là la construction de son rapport à lui-même, aux autres et au monde.

Pour la famille, le psychologue contribue à renforcer le lien parent-enfant, à restaurer la confiance dans la relation et à soutenir le parentage même dans les périodes de fatigue, d’inquiétude ou de tension. Il accompagne également le parent à se détacher de la culpabilité souvent présente pour permettre la remise en mouvement du développement de l’enfant et du bien-être de toute la famille.

Accueillir un tout-petit, c’est aussi accueillir son environnement dont il dépend entièrement : un véritable système familial où le mouvement de l’un induit celui des autres, les tiraillant parfois dans un sens ou dans l'autre. 

Chacun traverse, à différents moments, des périodes de vulnérabilité, de changements ou de doutes. La thérapie offre alors un espace pour exprimer ce que chacun vit et poser des mots sur ces expériences.

L’attention se porte moins sur les causes que sur le soulagement et la compréhension que ces échanges peuvent apporter à chaque membre de la famille. Cela participe aussi à restaurer les capacités de réflexion, de régulation et d’adaptation du système familial pour ensuite trouver ensemble des stratégies pour soutenir le tout-petit et son environnement.

Le psychologue offre donc un espace de soutien, de contenance et de mise en mots pour chacun, afin de restaurer l’équilibre familial et de retourner à une vie de famille plus apaisée où chaque membre peut continuer à grandir et à se développer sereinement.